Réflectricité. Ce néologisme est une création de l’homme d’affaires québécois Louis Massicotte, de Reflect10, une jeune pousse qui tente ces jours-ci de séduire les producteurs d’énergie solaire d’Europe et d’Asie grâce à une technologie qui, dans certaines conditions, va jusqu’à tripler la production d’électricité des capteurs solaires actuellement en fonction.
« J'appelle ça réflectricité parce qu'on produit plus d'électricité à partir des reflets du soleil et des angles lumineux », explique Louis Massicotte à La Presse. Contrairement à la plupart des avancées faites depuis 70 ans dans la technologie solaire, l'entrepreneur québécois dit ne pas avoir travaillé sur « la chimie » des panneaux solaires. « J'ai concentré mes efforts uniquement sur la physique, la géométrie. »
Des efforts qui auront duré sept ans et qui ont nécessité « des millions de dollars » d'investissement, précise-t-il.
La technologie mise au point par Reflect10 agit comme une surface réfléchissante intégrée aux panneaux solaires et qui réfléchit plusieurs fois les rayons du soleil. Cela offre aux photons davantage d'occasions d'atteindre les cellules photovoltaïques du panneau. Leur capacité de conversion des rayons solaires s'accroît, sans nécessiter une plus grande surface de captage. « La géométrie va transformer la perception sur les panneaux plats, j'espère qu'ils deviendront moins valorisés dans le futur », dit Louis Massicotte.
Dans ses essais, Reflect10 a presque triplé la production énergétique d'un panneau solaire dans des situations de faible ensoleillement, ou quand les rayons du soleil atteignent le panneau de façon oblique. Cela accroîtrait de 20 % la production quotidienne d'un panneau fixe, exposé à une luminosité variable. Le même gain d'efficacité est observé pour des panneaux qui auraient une vue obstruée du soleil par des nuages ou par le smog urbain.
La possibilité de tripler la production d'électricité à partir d'un soleil bas dans le ciel est cruciale, fait valoir Reflect10, puisqu'elle permet de créer plus d'énergie à des moments de la journée où la demande en électricité est la plus forte, soit tôt le matin et en fin de journée ou en soirée.
PHOTO FOURNIE PAR REFLECT10
Henri-Paul Rousseau, délégué général du Québec à Paris, Pere Roca i Cabarrocas, directeur de recherche au CNRS, et Louis Massicotte, fondateur de Reflect10
Pour ajouter du poids à son affirmation, l'entreprise québécoise a soumis sa technologie à des chercheurs de l'Institut photovoltaïque d'Île-de-France et du Conseil national de recherche scientifique (CNRS) français, qui la confirment.
La configuration de la réflectricité se révèle ainsi plus avantageuse que les panneaux plats en conditions d'illumination oblique, précisément aux heures de pointe de consommation électrique, le matin et en fin de journée.
Cette validation est cruciale, mais elle ne convainc pas tout le monde. Le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), un organisme public de recherche scientifique français, a notamment déploré le manque de transparence de Reflect10. Il souhaiterait que davantage de tests indépendants soient effectués avant de confirmer ses résultats.
Louis Massicotte ne fait pas l'unanimité non plus. L'homme d'affaires a lancé en 2022 un projet de village géothermique dans Charlevoix, appelé GéoLagon, et qui a suscité la controverse, après que sa faisabilité et son impact environnemental aient été mis en doute par des experts.
Bien que sa technologie promette un bond dans l'avancement de la technologie solaire qui « équivaut à 111 ans de progrès industriel incrémental », Reflect10 ne désire pas fabriquer elle-même ses propres capteurs. L'entreprise propose plutôt des licences d'utilisation aux principaux fabricants, qui sont pour la plupart situés en Chine. Elle souhaiterait accorder 50 licences, pour débuter, dont 20 qui sont réservées aux 20 plus importants fabricants de panneaux solaires dans le monde.
L'agence de presse Xinhua, contrôlée par l'État, a d'ailleurs couvert la publication des résultats de Reflect10, signe de l'intérêt de la Chine envers sa technologie. Pas moins de 75 % des panneaux solaires dans le monde sont fabriqués en Chine.
Louis Massicotte dit vouloir ainsi accélérer le plus possible l'accroissement de la production mondiale d'énergie solaire, « sans avoir à ajouter un seul mètre carré de nouveaux panneaux solaires », afin de respecter un engagement pris en décembre 2023 par les pays qui ont participé à la conférence COP28 sur le climat de Dubaï. Cet engagement promettait de tripler la capacité mondiale en énergies renouvelables d'ici 2030.
« C'était important pour moi de préserver la propriété intellectuelle, pour qu'elle ne soit pas influencée par des objectifs trimestriels » comme ceux d'investisseurs privés, dit-il. « Là, c'est le retour de l'espoir. On a une nouvelle occasion de contribuer à atteindre nos cibles climatiques. »
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